LA GRANDE DISTRI

Lundi 24 novembre 2008

j'ai fait les courses ce midi

j'ai eu le tournis

rayon frais rayon vieux

rayon boucherie rayon supercherie

en plus

on était un samedi

il y avait la queue

et la radio qui nous abrutissait

qui nous disait

achetez ci achetez ça

à gauche à droite

en haut en bas

et une cuillerée pour grand-mère…

 

c'était aliénant

au possible déprimant

opossum opium vademecum

on trouve de tout

chez Massu

le magasin général et génial

qui n'assomme pas les prix

société de consommation

société de crétinus ou plutôt

de gens anciennement intelligents rendus

complètement abrutis par les prix par les vendus

 

je vends du rien

je vends du vent

je ne sers à rien

achetez-moi regardez mon corsage

mon superbe emballage

prenez-moi

je ne veux pas finir ma vie

dans un petit supermarché

au rayon

des produits abandonnés

société de consommation quand tu nous tiens

quand tu nous tiens tu nous éteins

tu nous racontes du baratin

tu joues à la putain

 

je m'appelle happy caddy

je suis américain

mais on me trouve à Piccadilly

moi ou mon cousin germain

c'est exprès que je ne vais pas bien

mes roues sont truquées

de même que la vie les jeux télévisés

les odeurs qui émanent d'une boulangerie la publicité

elles font exprès de valser

ma petite ménagère à gauche à droite

en haut en bas

même si c'est une grand-mère…

 

ménagère

vous nous êtes chère

grâce à votre caddy

vous voyez tous nos produits

vous dépensez ainsi

vos allocations chômage et rmi

n'oubliez pas de dire merci

excusez-moi je ne suis pas poli

je critique juste

quand j'en ai envie

il n'y en a qu'un que j'aime

c'est mon petit baby

elle a fait de la gestion

si vous voyez ce que je veux dire…

 

toi paye toi paye toi paye

moi je n'ai pas d'argent vous voyez bien

alors qu'est-ce que tu fous dans mon magasin

je cherchais comme ça

des cartouches claudia

je rêvais un peu

je flânais

sale petit morveux

tu encombres les allées pour rien

je n'ai pas de temps à te consacrer

et tu le sais bien

je suis directeur de super

si je veux devenir directeur d'hyper

faut que je déménage

alors vous comprenez

j'ai pas de temps pour les légumes

je fais du fric mais jamais dans mon froc

il est pas beau mon magasin

hein

 

je suis caissière je dis

du lundi au samedi

bonjour au revoir merci

ça me prend quelques secondes

et je fais l'amour

en quelques secondes aussi…

 

je suis un chien

je regarde les hommes sortir

ou les femmes leurs belles jambes

mais je reste dehors

car

le molosse à l'entrée

risquerait de me buter

et puis de l'extérieur c'est plus rigolo…

 

je suis une bouteille de soda

bien connu de par le monde

j'apporte la bonne parole la bonne nouvelle

et en plus j'ai bon goût…

 

je suis un collant

je file au premier tournant

mais j'ai une grande qualité

que mon fabricant connaît

je file après achat

en face de moi y'a

du dentifrice trois couleurs

un produit qui rend aussi propre

que l'on peut se voir dedans

on est en plein dedans…

et encore… je suis une distribution à taille humaine alors imaginez un peu le bordel

que ça pourrait donner

 

je suis un poète à air conditionné

j'essuie mes pieds avant d'entrer

je suis en train de me débiliser

je paie avant de me tirer

je déprime une balle dans la tête

bientôt ce seront les fêtes

et nous irons dans les supermarchés…

Par demichel poesie
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Lundi 24 novembre 2008

j'ai beau faire

au carrefour de la distribution

je ne vois pas de mousquetaire

je ne vois que des cons

 

 

et des méga-fusions

comme on les appelle

tout simplement à la pelle

p'tit commerce en démolition

 

 

mais faut s'y faire

on n'est plus en 70

conforamu et système a sévissent

distributeurs ou corsaires?

 

 

continent l'achat gagnant

aux champs le pays où la vie est moins chère

il bout mon sang

allons prendre une bière

Par demichel poesie
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Mardi 11 novembre 2008

non non.... je suis désolée... il n’y a pas de mais... quand on est descendant Duschmoll, le roi de la Pullmoll, et qu’on veut mettre un pas... dans la grande distribution... on n’épouse pas... une caissière d’unimonofranprix... une caissière... non mais voyez vous ça!? et de la concurrence encore! tu ferais mieux de fréquenter... la petite Guichard. Ca c’est une relation... Ton père serait fier de toi... Et ton grand-père, qui ne tousse plus grâce à nos pastilles... Comment ça, elle a des boutons? La petite Guichard, de chez Guichard Perrachon? Allons bon. Quand on veut mettre un pied dans la distribution, y’a pas de bouton. Tu fermeras les yeux et tu tiendras bon. Pour la peine... tu me copieras cent fois... je ne tomberai pas amoureux je ferai un mariage de raison... je ne tomberai pas amoureux je ferai un mariage de raison... je ne vois plus ses boutons...

Par demichel poesie
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Vendredi 7 novembre 2008

un pdg de supermarché

malgré lui resté

grand enfant

c’est surprenant

se racontait au soir

toujours la même histoire

une caissière

deux caissières

trois caissières

quatre caissières

...

Par demichel poesie
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Vendredi 7 novembre 2008

Messieurs les députés

Mesdames les associées

permettez-moi de vous féliciter

car grâce à vous cette année

nous avons réalisé un bénéfice

d’un milliard tout rond

chers amis les sacrifices

ont payé pour de bon

 

après détachement du coupon

je voudrais silence dans le fond

si vous le voulez bien

revenir sur deux ou trois points

 

(détachement du dividende)

 

d’accord nous avons licencié

mais c’est pour mieux nous protéger

et n’oubliez pas mon ami

ce qui est bon pour la General Motors

est bon pour le pays

je suis un redresseur de torts

retors

ces suppressions de poste s’accompagneront

d’embauches prochaines enfin nous verrons

il ne faut rien promettre

ceci si les conditions

économiques le permettent

 

(un jeune qui traînait là par hasard

sur le parking et au teint blâfard

est embauché)

 

nous pouvons donc passer

aux festivités cette année

nous avons vendu

l’aurez-vous cru

quatre cent milliards de petits pois à des sans cervelle

trois mille tonnes de cervelle atteinte d’esb

six milliards de haricots verts

à des gens qui ne l’étaient pas moins

un milliard de haricots blancs

et l’an prochain

si tout va bien

un milliard

de haricots noirs

mais bon passons

des wagons de pâtes des tonnes de riz de la chair à canon de la pâtisserie

assez pour nourrir tout un pays

des produits de beauté du boudin

des aliments pour chien

des embouchoirs pour des gens bouchés

du porc pour les ânes

qui viennent dans nos hypermarchés

du textile made in Corée

de la glace à des marchands de sucettes

des prothèses à des amiraux chevaliers de la Légion d’honneur

des serre-tête pour chauve

du papier glacé des endives brûlées

de la glace aux noix de pécan

des tripes à la motte de Caen

trois cents millions de navets

dubo dubon dubonnet

des cacahuètes de l’essence des sens sans plomb

du pernod pour aller sur le zinc

de la littérature en boîte

du couscous en coffret

des cd compact

au rayon frais

de la parapharmacie des parachutes de la paraplégie

des voitures qui peuvent rouler

à tombeau ouvert

des crématoires à injection

bref chez nous il y a le choix

le client est roi

et fier de l’être roi mais de quoi

c’est une autre question

bien sûr roi des cons

tandis que nous messieurs

notre temps est précieux

bien évidemment le temps

c’est de l’argent

il faut en prendre soin

si nous voulons marquer des points

 

 

pour résumer je dirais

venez dans nos linéaires

où nos ventes sont exponentielles c’est le mot

avec vos petits chariots

chariots de feu chariots de pluie

il pleut des ventes sur la ville

comme il pleut en mon coeur

tout est beau

rien n’est cher

tout est clair

ouverture fermeture

chez les magasins lesombre

certes nos caissières

ont encore des progrès à faire

mais que voulez-vous

le monde est ainsi fait

le monde est ainsi fou

messieurs l’horloge indique l’heure du déjeuner

allons gueuletonner

 

(la salle se vide

fin du couplet)

Par demichel poesie
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